
Le 24 juin 2026, la chambre régionale des comptes (CRC) a sorti son rapport intitulé « MÉTROPOLE AIX-MARSEILLE-PROVENCE Enquête sur la mise en œuvre du plan vélo ». Mais, que dit ce rapport d'intéressant ? Il étrille la métropole !
Préambule et rappels historiquesEn 2019, la métropole est particulièrement en retard sur le développement des infrastructures cyclables et notamment à Marseille, la ville qu devrait être ville pilote. C’est cette année-là qu’un plan vélo est voté par la métropole, au même moment où cette dernière organise avec notre association l’inauguration, lors de la Fête du Vélo, de la piste cyclable de la Corniche dont les travaux s’achèvent deux jours avant.
En 2020, face à la pandémie de covid, la métropole répond par la volonté d’accélérer le plan vélo, comme on peut le lire
ici dans Made in Marseille ou dans
notre revue de presse 2020.
En décembre 2021, le Collectif Vélos en Ville fait
une première évaluation de l’avancée du plan vélo. Puis, en 2023, il renouvelle l’exercice avec
des chiffres vérifiables et une conférence de presse et enfin en 2025 avec de nouveaux chiffres et le site web de son
Observatoire du Plan Vélo Métropolitain. Vous pouvez lire
les dernières conclusions ici.
Quantité et qualitéSur
l’état initial de la part modale en 2019 et sur les objectifs de ce plan vélo, la chambre régionale des comptes (CRC) s’aligne sur
nos grandes explications écrites dans cet article de 2019 en indiquant 1. que les valeurs initiales devaient être erronées (puisqu'inchangées en 10 ans) et que 2. «
L’objectif d’une part modale à 2,4 % sur l’ensemble de la métropole et de 5 % sur Marseille relève donc d’une ambition modeste » (page 13).
Les magistrats financiers dressent ensuite un constat sévère sur
les réalisations du Plan Vélo en quantité et en qualité.
Pour la quantité des réalisations, la CRC reprend nos chiffres (et ceux de la métropole qui a fini par s’aligner sur les nôtres, ce qui n’était pas le cas jusqu’en 2024) : «
Pour le réseau sécurisé marseillais, le taux de réalisation est compris entre 36,1 et 44,7 % par rapport à l’objectif 2024 et 29,2 % et 31,7 % pour les objectifs de l’horizon 2030 » (page 16). Elle précise également que «
la répartition des équipements réalisés fait apparaître des disparités sur le territoire de Marseille, renforçant celles qui préexistaient, avec des quartiers des secteurs nord sous-dotés. »
Concernant la qualité des réalisations, la CRC s’aligne là aussi sur
la seconde partie de notre analyse du plan vélo, en 2021, 2023 et 2025 : «
une majorité d’équipements récents ont été réalisés à hauteur de trottoir, ce qui les rend incompatibles avec la sécurité recherchée du fait de conflits d’usage avec les piétons et les activités commerciales. La largeur des équipements est majoritairement inférieure aux dimensions minimales préconisées[…].
D’autres critères de qualité (insertions, dispositifs d’accès, revêtement, etc.) se révèlent également en-deçà des objectifs affichés. »
Et enfin, la CRC indique le même chiffre que celui que nous avançons depuis 2023 sur le ratio des aménagements cyclables compatibles avec le cahier des charges initial : «
D'autre part, les pistes cyclables sécurisées ne représentent qu’environ la moitié (entre 42,6 % et 55 %) des aménagements cyclables réalisés alors qu’elles devaient constituer l’aménagement « principal » du plan vélo. »
Autrement dit, les conclusions du rapport confirment les alertes que notre association formule depuis plusieurs années. Mais, ce n’est pas tout.
Sur les outils et recommandationsLa Chambre régionale des comptes souligne également que
notre Observatoire du Plan Vélo Métropolitain, développé par notre association, constitue aujourd'hui le principal outil de suivi cartographique de l'avancement du plan vélo : «
la métropole ne s’est pas dotée d’un outil de suivi précis des réalisations du plan vélo » puis «
les relevés de terrain du « collectif « vélo en ville » qui dispose seul d’un outil de suivi cartographique accessible » (page 15).
Trois des quatre recommandations (page 7) qui sont faites par la CRC à la métropole
sont des services que notre association a déjà mis en place :
• «
Recommandation 1 : Mettre en place un outil de suivi cartographique de l’avancée des travaux du schéma directeur des mobilités actives, volet vélo, aussi bien pour les propres besoins de la métropole que pour la bonne information du public. » Pour vérifier cela nous vous invitons à vous rendre sur le site de notre observatoire du plan vélo :
https://observatoire.velosenville.org/ • «
Recommandation n° 2 : S’appuyer sur l’identification des points sensibles, dont ceux accidentogènes, pour définir les aménagements permettant d’augmenter la sécurité et la fluidité des déplacements et programmer leur réalisation. » Pour vérifier cela nous vous invitons à vous rendre sur notre site de vigilo :
https://vigilo.velosenville.org/ • «
Recommandation n° 3 : Préciser et mettre en œuvre des critères chiffrés de qualité des aménagements cyclables en accord avec les préconisations minimales du CEREMA, en privilégiant les pistes continues, sécurisées et d’une largeur confortable. » Pour vérifier cela nous vous invitons à vous rendre sur le site de notre observatoire du plan vélo, pour chacune des lignes, par exemple ici pour la ligne 1 :
https://observatoire.velosenville.org/ligne-1 (un travail supplémentaire est encore en cours)
Quant à la dernière recommandation (n°4), nous aurions bien souhaité pouvoir la réaliser également mais les éléments financiers ne sont pas rendus publics par la métropole.
Autrement dit, les recommandations de la CRC démontre que notre association a déjà fait une bonne partie du travail qui est prescrit à la métropole et qu’elle est la seule à le faire actuellement.
Sur nous plus précisémentPourtant, que ce soit du côté des usagers ou du côté de l’association, nous avons l’impression de ne pas être entendus et reconnus.
Tout d’abord, les Marseillaises et les Marseillais montrent
un intérêt croissant pour le vélo. Marseille est la ville francaise où la pratique cyclable progresse le plus fortement ces dernières années,
comme nous l’avons écrit en ce début d’année 2026. La demande est là. Ce qui manque, ce sont des infrastructures sûres, continues et confortables.
Par ailleurs, dans un contexte budgétaire (national et local) contraint,
le développement du vélo constitue l'un des investissements les plus efficaces pour les collectivités. Les aménagements cyclables coûtent bien moins cher que les infrastructures routières tout en apportant de nombreuses externalités positives pour la collectivité en matière de mobilité, de santé publique et de qualité de vie. Et, c’est
la Cour des comptes qui rappelle encore aujourd’hui, 7 octobre 2026, de fortement augmenter les dépenses pour la transition écologique.
Pourtant, il semblerait que la métropole souhaite faire des économies sur ce sujet. Page 36, la CRC indique «
3.2.5 Un soutien modéré aux associations cyclables […]
Ces subventions sont restées globalement constantes sur la période d’exécution du plan vélo malgré l’augmentation sensible du nombre de cyclistes sur la période et les demandes d’augmentation formulées notamment pour la fête du vélo. Le collectif Vélo en ville indique également un écart entre les montants des subventions notifiées et ceux effectivement versés [...] »
Et c’est effectivement ce que nous observons actuellement, au moment où la métropole n’a toujours pas répondu à nos demandes de subventions pour l’année en cours (2026) et alors que nous avons, cette année encore, pris le risque d’organiser une Fête du Vélo et que l’avenir de l’association est en jeu.
Vous pouvez à ce titre lire notre article.
Mais, peut-être que la raison de tout cela est contenue dans la seconde partie du rapport de la CRC : "
Les relations entre la Métropole et les associations sont notamment marquées par des recours amiables et contentieux intentés par les collectifs de promotion de vélo [...]
À titre d’illustration, le versement de la subvention allouée à Vélos en ville a été suspendu en 2022, avant d’être finalement débloqué en décembre de cette même année. » Sachant tout de même que nous sommes la seule association à avoir intenté des recours contre la métropole dans ce domaine. Alors la métropole a-t-elle vraiment changé ?
Conclusion Le Collectif Vélos en Ville appelle la Métropole à tirer toutes les conséquences de ce rapport, à s’inspirer des recommandations de la Cour régionale des comptes et à accélérer la réalisation d'un véritable réseau cyclable continu et sécurisé tout en aidant financièrement l’association : «
Pour les rejoindre, le futur schéma directeur des modes actifs devra tirer les enseignements du plan vélo 2019-2024, repenser ses objectifs et son organisation, dans un mode davantage collaboratif » (page 5). En attendant, le SDMA n’est toujours pas voté : la suite au prochain numéro...