
Le 4 mai dernier a été ouverte
l'enquête publique sur le projet d'extension de la ligne T2 du tramway de la rue de Rome à la place du 4 Septembre qui
s’achève ce mercredi 10 juin à 16H30. La participation individuelle de tous les cyclistes, indépendamment de celle de l’association, est primordiale comme en témoigne le rapport du commissaire enquêteur lors de la précédente enquête publique pour l'extension du tramway. Nous vous proposons ici des éléments de notre analyse afin de pouvoir à votre tour, vous aussi, contribuer à cette enquête.
Un projet controversé qui ne doit pas remettre en cause la nécessité absolue d’un réaménagementLe projet d’aménagement d’un tramway pour relier le quartier des Catalans au centre-ville de Marseille recueille des avis partagés. Il n’en reste pas moins qu’un réaménagement complet du cours Puget et de l’avenue de la Corse ne doit en aucun cas être de nouveau reporté ou ajourné.
Ce réaménagement urgent est demandé depuis plusieurs années par les cyclistes pour :
· sécuriser et rendre plus agréables les déplacements à pied et à vélo, notamment pour les personnes les plus fragiles ;
· favoriser l’intermodalité avec les transports en commun (stationnements vélos à proximité des arrêts de transports en commun, notamment), service de transports en commun régulier et fiable ;
· encourager le report modal en rendant les modes alternatifs à la voiture individuelle plus avantageux et pratiques qu’ils ne le sont aujourd’hui.
Ainsi, quel que soit le projet retenu, un vrai réaménagement est à programmer pour transformer ce quartier, encore très largement centré sur les transports individuels motorisés, une aberration dans un arrondissement central comportant de nombreuses rues étroites. Les avenues et les boulevards concernés par le projet disposent d’une largeur suffisamment importante pour créer pistes cyclables confortables.
Un projet de tramway qui ne prend qu’imparfaitement en compte les besoins des cyclistes
Dans le cas où le projet de tramway soit finalement retenu, les cyclistes s’interrogent sur les plans présentés actuellement, sur lesquels le vélo apparaît comme une variable d’ajustement, au regard du faible espace qui lui est consacré.
Avec le développement important de l’usage du vélo, et l’arrivée des vélos cargos (utilisés par exemple pour la cyclologistique ou le transport des enfants), nous souhaitons que les recommandations du CEREMA soient respectées, ce qui n’est malheureusement pas le cas sur les plans présentés actuellement.
Pour rappel, les largeurs des pistes cyclables doivent rendre possible :
• le dépassement des cycles, dont les cycles à gros gabarit (vélos cargos, vélos avec remorque, etc.),
• la circulation à deux de front pour générer une convivialité et rendre possible l’accompagnement des enfants,
• l’écoulement du trafic en section courante et l’éventuel stockage des vélos aux intersections.
• c'est pourquoi la largeur souhaitable d’une piste cyclable unidirectionnelle est de 2,5 m (2 m minimum). La largeur souhaitable d'une piste bidirectionnelle est de 3,5 m (3m minimum).
Les largeurs présentées sur les plans de coupe, respectivement de 1,2m pour les pistes unidirectionnelles (page 103 de la notice explicative) et 2,4m pour les pistes bidirectionnelles (page 111), ne respectent pas ces prescriptions minimales.
Nous invitons donc les aménageurs à adapter le projet pour garantir une place minimale pour les cyclistes en faisant des arbitrages plus ambitieux comme la suppression d’une voie de circulation automobile ou la suppression de places de stationnement de surface. L’ambition du projet étant de remplacer des déplacements en voiture par des déplacements en transport en commun, il est important de réduire considérablement la place de la voiture. Dans le cas contraire, le report modal attendu ne s’observera pas. Et le seul effet observable sera celui de l’empilement des usages et des conflits d'usage inhérents tels qu’on peut les observer sur le Bd. Chave, par exemple, aujourd’hui : piéton, cyclistes, tramway, voitures et terrasses se partageant inéquitablement l’espace.
Des pistes cyclables clairement identifiables
Un des autres points de vigilance à faire valoir auprès du commissaire enquêteur, est l’identification même des pistes cyclables. Sur le secteur de la Préfecture, par exemple, dans le sens ouest-est, les vélos sont simplement peints sur le parvis de la préfecture, alors que rien n’empêche l’installation d’une bordure de 0cm ou 5cm, pas même l’accessibilité pour d’autres véhicules. Nous avons ici l’exemple même de ce qu’il ne faut pas faire : un aménagement cyclable sur trottoir !
Des discontinuités persistantes
Autre point dur du projet, et alors que c’est un problème bien connu à Marseille, les discontinuités aux carrefours demeurent, y compris sur les plus gros carrefours et en particulier place Estrangin. Le traitement de la continuité des aménagements cyclables tout au long du projet est primordial tandis que la présence d’un aménagement cyclable respectant l’article L228-2 du code de l’environnement Place Estrangin (et ailleurs) n’est pas une option mais une obligation légale, comme en témoigne nos nombreux recours au tribunal administratif, tous en faveur de l’association.
Bordures et rayons de courbure
L’entièreté du projet est parsemé de bordures en travers qui viennent faire autant de barrières aux aménagements cyclables, alors même que le CEREMA préconise, et que tous les aménageurs font aujourd’hui, des raccordements « à 0 » avec une continuité de matériaux et donc sans bordure en travers. Le présent projet accuse un retard de deux décennies sur le sujet.
Par ailleurs, la séparation entre les aménagements cyclables et le reste de la voirie ou les trottoirs est essentielle pour la sécurité ressentie et l’attractivité du réseau cyclable. Selon le CEREMA, la « bordure de séparation entre la piste cyclable et les cheminements piétons nécessite d’être chanfreinée (avec une pente comprise en 25 et 50 %) afin qu’elle puisse pardonner des écarts de trajectoire et n’entraine pas de chute. Si la piste est à hauteur de trottoir, une bordure émergente doublement chanfreinée peut être envisagée pour mieux délimiter les espaces ». Les pavés et autres bordurettes glissantes sont à proscrire.
Côté chaussée, le dispositif de séparation doit :
• Dissuader des intrusions motorisés sur la piste cyclable
• Favoriser un éloignement vélos-voitures, suivant les contraintes géométriques
Parce que la crédibilité des trajectoires cyclistes est un élément fondamental de la qualité des aménagements, les recommandations du CEREMA rappellent l’importance de respecter des rayons de courbure adaptés, notamment dans les carrefours. 20 mètres pour les mouvements directs et notamment 8m ou 5m pour les mouvements tournants. Tous les aménagements à angle droit observés dans ce projet (R=0m) sont donc à proscrire (voire notamment la Place du 4 septembre).
Des connexions manquantes
Un autre point dur du projet concerne les connexions avec les rues adjacentes. Il n’est a priori pas prévue de double-sens cyclables dans ces rues et aucune connexion n’est prévue entre le projet et la rue Grignan ou l'avenue pasteur.
Le lien pour accéder à cette enquête : https://www.registre-numerique.fr/tramway-4-septembre/